Washington veut expulser Demjanjuk vers l'Ukraine

États-Unis Accusé d'avoir été gardien dans des camps d'extermination nazis, celui qui échappa de peu à la pendaison en Israël n'en a pas fini avec la justice américaine.
Philippe Gélie
[30 décembre 2005]

APRÈS UNE SAGA judiciaire de presque trente ans, John Demjanjuk sera bientôt à court d'options. Le juge fédéral de l'immigration Michael Creppy a ordonné avant-hier son expulsion vers l'Ukraine, son pays natal, ou à défaut vers l'Allemagne ou la Pologne, qui pourraient le rejuger pour ses actes pendant la Seconde Guerre mondiale. L'apatride de 85 ans, déjà passé tout près de la pendaison sous le nom d'«Ivan le Terrible», a un mois pour faire appel.


Au cours de l'audience devant la cour fédérale de Cleveland, le 29 novembre, son avocat, John Broadley, avait déclaré : «Le gouvernement américain a marqué M. Demjanjuk de l'empreinte sanglante d'Ivan le Terrible et veut le jeter dans une fosse à requins. En Ukraine, il sera sûrement emprisonné et battu.» Le magistrat n'a pas jugé crédibles ces menaces de torture. Kiev n'a pas demandé son extradition de cet ancien ressortissant, né en 1920 près de la frontière polonaise sous le prénom d'Ivan. Hier, les autorités ukrainiennes ont juste annoncé qu'elles étudieraient la décision américaine. La bataille légale pourrait donc se prolonger quelques mois. Avec son âge avancé et sa santé fragile, la meilleure chance du condamné est de jouer la montre pour échapper à l'expulsion des États-Unis, dont la citoyenneté lui a été retirée pour la seconde fois en 2002.


C'est pour avoir violé les lois américaines de l'immigration que John Demjanjuk est de nouveau renvoyé à son passé. Mais c'est comme suspect de crimes de guerre qu'il apparaît encore aux yeux du monde. Après un quart de siècle passé dans l'anonymat comme ouvrier des usines automobiles General Motors, ses ennuis judiciaires avaient commencé en 1977 comme ils s'achèvent aujourd'hui : par une procédure pour annuler sa naturalisation obtenue en 1958, sept ans après son arrivée, et le renvoyer à ses juges.

Brève rédemption


L'accusation se fondait sur des témoignages de survivants de la Shoah le désignant comme «Ivan le Terrible», une brute sadique ayant participé avec les SS à la mise à mort de quelque 900 000 hommes, femmes et enfants dans le camp d'extermination de Treblinka en Pologne occupée. En 1981, Demjanjuk est déchu de la nationalité américaine. Il est emprisonné en 1985 et extradé en Israël l'année suivante. Son procès pour crimes contre l'humanité dure plus d'un an à Jérusalem. En avril 1988, il est condamné à mort par pendaison. Mais, en août 1993, la Cour suprême israélienne annule sa condamnation : des témoignages écrits d'anciens gardes et prisonniers de Treblinka affirment que le véritable Ivan le Terrible était Ivan Marchenko, dont on perd la trace en Yougoslavie après la guerre. Des documents du KGB le confirment.


La rédemption de Demjanjuk sera de courte durée. En novembre 1993, une Cour fédérale américaine dénonce l'attitude «irresponsable» du Bureau des enquêtes spéciales (OSI), unité d'élite du ministère de la Justice créée en 1979 pour traquer les anciens nazis réfugiés aux États-Unis : elle avait délibérément caché des éléments susceptibles de disculper l'accusé. En 1998, la citoyenneté américaine est rendue à Demjanjuk, qui retourne à Seven Hills, sa banlieue de Cleveland, pour y vivre en reclus. Mais, un an plus tard, le département de la Justice dépose une nouvelle plainte contre lui. Car s'il n'est pas Ivan le Terrible, l'Ukrainien apparaît tout de même dans les dossiers du KGB comme criminel de guerre : une déposition d'un autre garde, Ignat Danilchenko, signée en 1948, affirme que Demjanjuk servait à ses côtés dans les SS à Sobibor, un camp d'extermination où périrent plus de 200 000 déportés en Pologne.


Des preuves «indiscutables»


Le nouvel acte d'accusation soutient aussi que l'ancien soldat de l'Armée rouge, capturé en Crimée en 1941, a volontairement rejoint l'unité SS Trawniki en 1942 et servi dans deux autres camps nazis : Majdanek en Pologne, où furent exterminés entre 200 000 et 360 000 Juifs et Tziganes, et Flossenburg en Allemagne, un camp de concentration où périrent 30 000 prisonniers. L'alibi de Demjanjuk, se résumant à dire qu'il est resté prisonnier toute la guerre et qu'il y a erreur sur la personne, avait déjà été qualifié de «déraisonnable» par la Cour suprême israélienne. Le 1er mai 2004, la cour d'appel fédérale de Cleveland a jugé les preuves «claires, indiscutables et convaincantes». Depuis, «John» Demjanjuk compte les jours. Le rabbin Abraham Cooper, du centre Simon Wiesenthal de Los Angeles, estime que «la justice aurait dû passer il y a longtemps». La famille de Demjanjuk demande qu'on le laisse mourir en paix : à Cleveland, Ohio.


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