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Petit répit
La querelle énergétique et politique qui oppose la Russie à l'Ukraine
n’est pas encore réglée. Mais la tension est un peu retombée. Répondant
aux inquiétudes de nombreux pays européens, Gazprom a accepté de
rétablir le flux du gaz à destination de l'Ukraine à des niveaux
proches de la normale. "Actuellement, le travail de rétablissement est
quasiment fini et Gazprom remplira toutes ses obligations vis à vis des
consommateurs européens", a affirmé son porte-parole Sergueï
Kouprianov, lors d'une conférence de presse. Premières victimes
indirectes du bras de fer entre Moscou et Kiev, les pays de l'est de
l'Europe ont enregistré lundi une diminution allant jusqu'à 50% des
livraisons de gaz russe, sans conséquence à ce stade pour les
consommateurs. Dès lundi soir, l'Autriche et la Hongrie ont annoncé un
retour à la normale de leur approvisionnement en gaz.
Pour
autant, le différend sur les prix n'est pas aplani avec l'Ukraine. La
Russie prévient que le gaz destiné aux Européens ne fera que transiter
par ce pays. Moscou demande à l'Union européenne de faire pression sur
son voisin pour assurer le transit complet du gaz russe vers les pays
de l'UE. A Kiev, on dénonce une décision politique et une guerre
psychologique. Une délégation de la compagnie gazière ukrainienne
Naftogaz est attendue ce mardi à Mosocu pour rencontrer les dirigeants
de Gazprom. Pour sortir de l'impasse qui l'oppose à la Russie, Viktor
Iouchtchenko a demandé le soutien de l'UE. Le président ukrainien a
réuni lundi les ambassadeurs européens, "les deux parties étant
incapables de se mettre d'accord d'elles-mêmes", selon les experts.
Viktor Iouchtchenko a répété lors de cette réunion son intention
d'impliquer dans le règlement de la crise "des experts et un arbitrage
internationaux". Pour l'UE, une intervention - certes envisagée
-pourrait être source de nouvelles crispations avec la Russie. Celle-ci
pourrait en effet voir un tel geste comme une ingérence.
Gazprom
a accusé mardi Kiev de continuer à détourner du gaz à destination de
l'Europe occidentale. Selon le géant russe, l'Ukraine a prélevé 118
millions de mètres cube de gaz russe au cours de la journée de lundi.
Les autorités ukrainiennes démentent. Elles ont menacé de procéder à
des prélèvements de gaz destiné aux clients ouest-européens en cas de
température inférieure à zéro. Elles avaient évoqué à plusieurs
reprises cette éventualité. Les deux capitales s’accusent mutuellement
d’être responsable de la baisse d’approvisionnement du gaz en Europe.
Dépendance énergétique européenne
Zoom
En début de semaine, l'Union européenne s'est dite par la voix de la
Commission européenne "préoccupée" par la tournure prise par les
événements. Avant même une réunion sur la question mercredi prochain,
l'Autriche - à la tête de l'UE depuis dimanche - a demandé lundi à la
Russie et à l'Ukraine de reprendre la négociation. Rappelons qu’un
quart de son gaz vient de Russie, et que 80% passe par l’Ukraine. Le
gouvernement allemand a exhorté, lui ausi, les deux parties à passer
rapidement un accord pour résoudre la crise.
La
France, l'Allemagne et l'Italie - les trois plus gros importateurs
européens de gaz russe - et l'Autriche, qui dépend à 60% de la Russie
pour ses besoins en gaz naturel, ont écrit samedi à Moscou et Kiev pour
leur demander de veiller à ce que le différend russo-ukrainien ne
remette pas en cause leurs propres approvisionnements via l'Ukraine.
Lundi, le volume de gaz fourni à la Roumanie a baissé de 25%. Pour la
Hongrie, la baisse de la pression du gaz naturel venant d'Ukraine est
passée de 25% à 40%.
Les Etats-Unis ont, quant à eux, décidé de
se mêler de la crise. Dimanche soir à Washington, on a fait savoir que
la méthode russe paraissait un peu brutale. "C’est de la pression
politique", affirme-t-on. Il faut dire que Moscou déclare
officiellement juste vouloir pratiquer les prix du marché. D’un côté,
elle multiplie par quatre les prix pour l’Ukraine pro-occidentale ; de
l’autre, elle laisse le gaz au même prix pour le Belarusse, par
exemple, qui est resté très loyal.
Pas de risque pour la France ?
Le ministre français de l'Industrie, François Loos, a assuré dimanche
soir que la suspension des livraisons de gaz russe à l'Ukraine ne
menaçait pas l'approvisionnement de la France, qui importe un cinquième
de ses besoins en gaz de Russie. "Nous avons des marges de manoeuvre",
a-t-il expliqué sur RTL. De son côté, le groupe Gaz de France (GDF) a
déclaré avoir constaté dans la matinée de lundi une baisse de 25% à 30%
des quantités de gaz russe livrées. "Préoccupé par le risque que
présenterait une prolongation de la diminution des volumes contractuels
en provenance de Russie", Jean-François Cirelli le président de GDF a
néanmoins affirmé que son entreprise était prête à "pallier un possible
défaut d'approvisionnement du gaz russe". Rassurant, il a de plus
précisé que GDF possède "le portefeuille d'approvisionnement le plus
diversifié d'Europe".
A
court terme, la France peut faire face à la situation. A cela deux
raisons. La première : notre pays dispose de réserves importantes. En
effet, en prévision de crise, des milliers de mètres cubes de gaz sont
chaque année stockés dans une quinzaine de sites souterrains,
principalement installés dans le sud-ouest de l'Hexagone. Chacun
renferme une quantité importante de matière première. Au total, Gaz de
France parle d'une réserve de trois mois, soit un quart de la
consommation annuelle. Seconde possibilité : Gaz de France peut
demander à d'autres fournisseurs que la Russie, d'exporter d'avantage.
Ainsi deux pays peuvent-ils rapidement nous venir en aide : l'Algérie,
qui nous livre environ 14% de gaz, et la Norvège, qui nous en vend le
plus, soit 27%. Ces deux exportateurs disposent de ressources
importantes et peuvent faire face, rapidement et sans problème, à une
demande supplémentaire.
Reste une dernière interrogation : le
prix. Sur ce point, le gouvernement se veut rassurant en expliquant que
nous payons déjà le gaz au prix fort. Donc pas de danger, dans
l'immédiat, de voir nos factures grimper.
Loïc Farge avec Adèle Smith et Christophe Bourroux
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