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Un accord de cinq ans
La querelle énergétique et politique qui opposait la Russie à l'Ukraine
est enfin réglée. Moscou et Kiev ont conclu mercredi (4 décembre) matin
un accord de cinq ans sur les livraisons de gaz russe au pays voisin
après un différend commercial qui avait amené la Russie à réduire ses
livraisons. Alexeï Miller, directeur général du géant russe Gazprom a
déclaré lors d'une conférence de presse que l'accord prenait effet au
1er janvier et qu'il était basé sur le prix de 230 dollars par 1.000
m3. Un tarif qui ne s'appliquera qu'aux exportations de gaz russe en
Ukraine, que Kiev payait jusqu'ici 50 dollars pour la même quantité. La
société mixte russo-ukrainienne RosOukrEnergo vendra à l'Ukraine du gaz
"russe et asiatique" au prix de 95 dollars les 1.000 mètres cubes.
Cet
accord est le fruit de pourparlers menés durant toute la nuit entre le
patron de Gazprom et une délégation de la compagnie gazière ukrainienne
Naftogaz. Il intervient trois jours après que la Russie a cessé
dimanche dernier de vendre du gaz naturel à son voisin de 48 millions
d'habitants sur fond de crise tarifaire. Répondant aux inquiétudes de
nombreux pays européens, Moscou a rétabli mardi le volume du gaz
expédié vers l'Europe occidentale via l'Ukraine. Premières victimes
indirectes du bras de fer entre Moscou et Kiev, les pays de l'est de
l'Europe ont enregistré lundi une diminution allant jusqu'à 50% des
livraisons de gaz russe, sans conséquence à ce stade pour les
consommateurs.
Gazprom a accusé mardi Kiev de détourner du gaz à
destination de l'Europe occidentale. Selon le géant russe, l'Ukraine a
prélevé 118 millions de mètres cube de gaz russe au cours de la journée
de lundi. Les autorités ukrainiennes ont démenti, affirmant ne prélever
que du gaz turkmène livré via la Russie. Elles avaient menacé de
procéder à des prélèvements de gaz destiné aux clients ouest-européens
en cas de température inférieure à zéro. Une éventualité évoquée à
plusieurs reprises.
Réunion à Bruxelles
Zoom
Moscou avait demandé à l'Union européenne de faire pression sur son
voisin pour assurer le transit complet du gaz russe vers les pays de
l'UE. A Kiev, on dénonçait une décision politique et une guerre
psychologique. Pour sortir de l'impasse, Viktor Iouchtchenko avait
demandé le soutien de l'UE. Le président ukrainien a réuni lundi les
ambassadeurs européens, "les deux parties étant incapables de se mettre
d'accord d'elles-mêmes", selon les experts. Il a répété lors de cette
réunion son intention d'impliquer dans le règlement de la crise "des
experts et un arbitrage internationaux". Pour l'UE, une intervention
aurait pu être source de nouvelles crispations avec la Russie. Celle-ci
pourrait en effet voir un tel geste comme une ingérence.
En
début de semaine, l'Union européenne s'était dite par la voix de la
Commission européenne "préoccupée" par la tournure prise par les
événements. Bruxelles organise ce mercredi une réunion d'urgence
consacrée à cette crise et aux menaces énergétiques à venir. Lundi, le
volume de gaz fourni à la Roumanie avait baissé de 25%. Pour la
Hongrie, la baisse de la pression du gaz naturel venant d'Ukraine était
passée de 25% à 40%.
Les Etats-Unis avaient, quant à eux, décidé
de se mêler de la crise. Dimanche soir à Washington, on a fait savoir
que la méthode russe paraissait un peu brutale. "C’est de la pression
politique", affirme-t-on. Il faut dire que Moscou déclare
officiellement juste vouloir pratiquer les prix du marché. D’un côté,
elle multiplie par quatre les prix pour l’Ukraine pro-occidentale ; de
l’autre, elle laisse le gaz au même prix pour le Belarusse, par
exemple, qui est resté très loyal.
Pas de pénurie en France
Gaz de France a annoncé mardi le retour à la normale "dans la journée"
de ses approvisionnements de gaz en provenance de Russie. La veille,
GDF avait constaté une baisse de l'ordre de 25% à 30% de la quantité de
ses livraisons. Le groupe avait annoncé lundi avoir pris "depuis
plusieurs jours" un ensemble de mesures pour palier un possible défaut
d'approvisionnement de gaz russe à la suite du contentieux entre Kiev
et Moscou.
Le
ministre français de l'Industrie, François Loos, avait assuré dimanche
soir que la suspension des livraisons de gaz russe à l'Ukraine ne
menaçait pas l'approvisionnement de la France, qui importe un cinquième
de ses besoins en gaz de Russie. "Nous avons des marges de manoeuvre",
a-t-il expliqué sur RTL. A court terme, la France pouvait faire face à
la situation. A cela deux raisons. La première : notre pays dispose de
réserves importantes. En effet, en prévision de crise, des milliers de
mètres cubes de gaz sont chaque année stockés dans une quinzaine de
sites souterrains, principalement installés dans le sud-ouest de
l'Hexagone. Chacun renferme une quantité importante de matière
première. Au total, Gaz de France parle d'une réserve de trois mois,
soit un quart de la consommation annuelle. Seconde possibilité : Gaz de
France peut demander à d'autres fournisseurs que la Russie, d'exporter
d'avantage. Ainsi deux pays peuvent-ils rapidement nous venir en aide :
l'Algérie, qui nous livre environ 14% de gaz, et la Norvège, qui nous
en vend le plus, soit 27%. Ces deux exportateurs disposent de
ressources importantes et peuvent faire face, rapidement et sans
problème, à une demande supplémentaire.
Reste une dernière
interrogation : le prix. Sur ce point, le gouvernement s'est voulu
rassurant en expliquant que nous payons déjà le gaz au prix fort. Donc
pas de danger, dans l'immédiat, de voir nos factures grimper.
Loïc Farge avec Adèle Smith et Christophe Bourroux
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