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Des responsables russes accusent les Ukrainiens de détourner une part de ce combustible à leurs propres fins(AFP, S.Supinsky) Des responsables russes accusent les Ukrainiens de détourner une part de ce combustible à leurs propres fins(AFP, S.Supinsky)
RUSSIE - UKRAINE 04/01/06
Accord entre Moscou et Kiev sur le prix du gaz

L a hâche de guerre semble enterrée entre la Russie et l’Ukraine. Après un différend commercial qui avait amené Moscou à réduire ses livraisons, les deux pays ont conclu mercredi matin un contrat de cinq ans fixant le prix du gaz russe à 230 dollars les 1.000 mètres cubes. Jusque-là, Kiev déboursait 50 dollars pour la même quantité. L’accord assume un approvisionnement stable de l’Europe, laquelle a redécouvert l’ampleur de sa dépendance énergétique.

Décryptage : Le gaz, arme politique de Moscou.- B.Hadjaje
Miroslav Popovitch, philosophe ukrainien : "C'est une agression, mais nous gagnerons".- R.Sulmont
Explications : L'Europe alimentée par une sorte un tuyau de plus de 5.000 km.-V.Garin
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Un accord de cinq ans

La querelle énergétique et politique qui opposait la Russie à l'Ukraine est enfin réglée. Moscou et Kiev ont conclu mercredi (4 décembre) matin un accord de cinq ans sur les livraisons de gaz russe au pays voisin après un différend commercial qui avait amené la Russie à réduire ses livraisons. Alexeï Miller, directeur général du géant russe Gazprom a déclaré lors d'une conférence de presse que l'accord prenait effet au 1er janvier et qu'il était basé sur le prix de 230 dollars par 1.000 m3. Un tarif qui ne s'appliquera qu'aux exportations de gaz russe en Ukraine, que Kiev payait jusqu'ici 50 dollars pour la même quantité. La société mixte russo-ukrainienne RosOukrEnergo vendra à l'Ukraine du gaz "russe et asiatique" au prix de 95 dollars les 1.000 mètres cubes.

Cet accord est le fruit de pourparlers menés durant toute la nuit entre le patron de Gazprom et une délégation de la compagnie gazière ukrainienne Naftogaz. Il intervient trois jours après que la Russie a cessé dimanche dernier de vendre du gaz naturel à son voisin de 48 millions d'habitants sur fond de crise tarifaire. Répondant aux inquiétudes de nombreux pays européens, Moscou a rétabli mardi le volume du gaz expédié vers l'Europe occidentale via l'Ukraine. Premières victimes indirectes du bras de fer entre Moscou et Kiev, les pays de l'est de l'Europe ont enregistré lundi une diminution allant jusqu'à 50% des livraisons de gaz russe, sans conséquence à ce stade pour les consommateurs.

Gazprom a accusé mardi Kiev de détourner du gaz à destination de l'Europe occidentale. Selon le géant russe, l'Ukraine a prélevé 118 millions de mètres cube de gaz russe au cours de la journée de lundi. Les autorités ukrainiennes ont démenti, affirmant ne prélever que du gaz turkmène livré via la Russie. Elles avaient menacé de procéder à des prélèvements de gaz destiné aux clients ouest-européens en cas de température inférieure à zéro. Une éventualité évoquée à plusieurs reprises.


Réunion à Bruxelles

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Moscou avait demandé à l'Union européenne de faire pression sur son voisin pour assurer le transit complet du gaz russe vers les pays de l'UE. A Kiev, on dénonçait une décision politique et une guerre psychologique. Pour sortir de l'impasse, Viktor Iouchtchenko avait demandé le soutien de l'UE. Le président ukrainien a réuni lundi les ambassadeurs européens, "les deux parties étant incapables de se mettre d'accord d'elles-mêmes", selon les experts. Il a répété lors de cette réunion son intention d'impliquer dans le règlement de la crise "des experts et un arbitrage internationaux". Pour l'UE, une intervention aurait pu être source de nouvelles crispations avec la Russie. Celle-ci pourrait en effet voir un tel geste comme une ingérence.

En début de semaine, l'Union européenne s'était dite par la voix de la Commission européenne "préoccupée" par la tournure prise par les événements. Bruxelles organise ce mercredi une réunion d'urgence consacrée à cette crise et aux menaces énergétiques à venir. Lundi, le volume de gaz fourni à la Roumanie avait baissé de 25%. Pour la Hongrie, la baisse de la pression du gaz naturel venant d'Ukraine était passée de 25% à 40%.

Les Etats-Unis avaient, quant à eux, décidé de se mêler de la crise. Dimanche soir à Washington, on a fait savoir que la méthode russe paraissait un peu brutale. "C’est de la pression politique", affirme-t-on. Il faut dire que Moscou déclare officiellement juste vouloir pratiquer les prix du marché. D’un côté, elle multiplie par quatre les prix pour l’Ukraine pro-occidentale ; de l’autre, elle laisse le gaz au même prix pour le Belarusse, par exemple, qui est resté très loyal.


Pas de pénurie en France

Gaz de France a annoncé mardi le retour à la normale "dans la journée" de ses approvisionnements de gaz en provenance de Russie. La veille, GDF avait constaté une baisse de l'ordre de 25% à 30% de la quantité de ses livraisons. Le groupe avait annoncé lundi avoir pris "depuis plusieurs jours" un ensemble de mesures pour palier un possible défaut d'approvisionnement de gaz russe à la suite du contentieux entre Kiev et Moscou.

Le ministre français de l'Industrie, François Loos, avait assuré dimanche soir que la suspension des livraisons de gaz russe à l'Ukraine ne menaçait pas l'approvisionnement de la France, qui importe un cinquième de ses besoins en gaz de Russie. "Nous avons des marges de manoeuvre", a-t-il expliqué sur RTL. A court terme, la France pouvait faire face à la situation. A cela deux raisons. La première : notre pays dispose de réserves importantes. En effet, en prévision de crise, des milliers de mètres cubes de gaz sont chaque année stockés dans une quinzaine de sites souterrains, principalement installés dans le sud-ouest de l'Hexagone. Chacun renferme une quantité importante de matière première. Au total, Gaz de France parle d'une réserve de trois mois, soit un quart de la consommation annuelle. Seconde possibilité : Gaz de France peut demander à d'autres fournisseurs que la Russie, d'exporter d'avantage. Ainsi deux pays peuvent-ils rapidement nous venir en aide : l'Algérie, qui nous livre environ 14% de gaz, et la Norvège, qui nous en vend le plus, soit 27%. Ces deux exportateurs disposent de ressources importantes et peuvent faire face, rapidement et sans problème, à une demande supplémentaire.

Reste une dernière interrogation : le prix. Sur ce point, le gouvernement s'est voulu rassurant en expliquant que nous payons déjà le gaz au prix fort. Donc pas de danger, dans l'immédiat, de voir nos factures grimper.

Loïc Farge avec Adèle Smith et Christophe Bourroux


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