Pierre Beaudet
Rédacteur aux Nouveaux Cahiers du socialisme (Montréal, Canada).

Surpris par l’ampleur du « convoi de la liberté » organisé pour protester contre les restrictions sanitaires début 2022, le premier ministre canadien Justin Trudeau a choisi la manière forte. Pour déloger les camionneurs du centre de la capitale Ottawa, il a invoqué une loi d’urgence de triste mémoire dans le pays. La disproportion des moyens répressifs a choqué la population avant de tourner au fiasco.
Le 15 février 2022, le Parlement du Canada vote la loi sur « les mesures d’urgence ». Celle-ci actualise une législation précédente, la loi sur « les mesures de guerre », dont le souvenir est lié à la grande crise d’octobre 1970 au Québec. Moins drastique — l’ancienne loi suspendait l’habeas corpus et le droit à un procès —, son champ d’application est large. Elle définit une situation de crise nationale comme celle à laquelle il est « impossible de faire face adéquatement sous le régime des lois du Canada » et qui « met gravement en danger la vie, la santé ou la sécurité des Canadiens ». Le gouvernement peut, à ce titre, détenir des personnes, suspendre leurs comptes en banque, et imposer des restrictions à la libre circulation des individus et des véhicules.
La loi avait pour objectif de donner au gouvernement les moyens de mettre fin au blocage du centre-ville de la capitale, Ottawa, où étaient stationnés depuis plusieurs jours des camions-remorques et d’autres véhicules dans le cadre du « convoi de la liberté ». Au cœur de la mobilisation se trouvaient des conducteurs de véhicules lourds obligés de se soumettre à une quarantaine au passage des frontières entre le Canada et les États-Unis en raison de la pandémie de Covid-19. Ce qui contraignait ces petits entrepreneurs, propriétaires de leurs engins, à assumer eux-mêmes les retards de livraison.
Le gouvernement fédéral a monté en épingle une situation qui ne requérait pas une telle suspension des droits
Mais au-delà de cette revendication spécifique, le « convoi de la liberté » a rassemblé beaucoup de citoyens convaincus que le gouvernement de M. Justin Trudeau était en train de devenir « dictatorial », voire « communiste ». La mouvance complotiste au Canada, en lien avec des réseaux présents aux (…)
Commentaire
Article tres interessant sur les evenements qui a amene l’adoption de cette loi par le Parlement y compris par les deputes du Nouveau Parti Democratique(???).
Mais parfois, il faut aller au-dela de l’evenement. Bien que l’aspect economique et financier n’ait pas ete aborde dans l’article, il faut bien comprendre que la pandemie a ralenti considerablement l’activite economique en general et ses repercussions sur le transport des marchandises, notamment quand les frontieres furent quasi fermees totalement. Les camionneurs ne sont pas, pour la plupart des “salaries”, ils sont des entrepreneurs individuels ou de petites firmes. Ils et elles furent tres fortement fragilises financierement par la pandemie meme si l’Etat canadien avait rendu disponible des aides financieres a toutes les firmes. Il faut bien comprendre que les camions, ces gros tracteurs sont des machines couteuses: 200,000.00$ et plus. La plupart du temps ces achats sont effectues a l’aide de financement externe(emprunt) qui s’ajoute, dans le cas des artisans aux emprunts hypothecaires pour leur residence.
Durant la pandemie l’endettement des canadiens a grimpe en fleche, et PRINCIPALEMENT en Ontario et en Colombie-Britanique a cause de l’explosion des prix des maisons. La situation des camionneurs devaient etre tres fragiles, sur le bord de la rupture. A constater le nombre de camionneurs impliques dans ces mouvements, i.e. immobilises par leur greve cela a une grande importance car cela signifie que les offres de contrats pour le transport de marchandises avait chute.
La seconde chose interessante ici, c’est la loi elle-meme, son objectif, sa raison:
Elle définit une situation de crise nationale comme celle à laquelle il est « impossible de faire face adéquatement sous le régime des lois du Canada » et qui « met gravement en danger la vie, la santé ou la sécurité des Canadiens ».
On comprend bien la meme chose: Met gravement en danger la vie, la sante ou la securite des Canadiens ca veut dire ce que cela dit explicitement. La situation de la Pandemie Covid-19, etait une situation qui correspondait exactement et parfaitement a l’objet de la loi. Il y a quelques 25,000 ou 30,000 deces au Canada suite au virus. S’il y avait bien un “mobile pertinent” a l’utilisation de cette loi d’urgence c’etait bien comme on le dirait en “quebecois”, le “bon timing”. Mais non! Niet. Nada. Ce n’etait pas suffisamment grave pour la vie, la sante ou la securite des Canadiens. Mais le refus des camionneurs, si.
Je ne peux me resoudre a accepter cet etat de fait proche de l’absurdite. Il doit y avoir un sens derriere cette reaction somme toute demesuree.
Quelques semaines auparavant, les travailleurs du Port de Montreal avaient declenche une greve generale et le gouvernement canadien avait adopte une loi (decret) imposant le retour force au travail (rendant l’exercice du droit de greve illegal).
Si on prend en compte la situation deplorable de l’economie de la province de l’Ontario, dirige par un gouvernement conservateur, l’arret de travail des camionneurs portait un dur coup a l’approvisionnement de la province la plus industriel du Canada. Il fallait agir! Il l’a fait. Et le message envoye aux salaries du Canada, c’est que dans le contexte de crise economique ou la concurrence entre les firmes et les pays est plus aiguisee que jamais, est le suivant: si vous mettez en cause les activites economiques du pays par vos actions, vos greves, vos manifestations, le gouvernement canadien n’hesitera pas a recourir a cette loi d’urgence.
Qui sait si le Canada n’invitera pas quelques ukrainiens des bataillons Azov pour preter main forte au pays???
Cela contraste beaucoup avec l’attitude du gouvernement de refuser de traiter la cause des “enfants et femmes autochtones” de maniere juridique mais aussi celle de l’UNO(qui a amene la demission de M. Morneau) et meme le cas de SNC-Lavallin(corruption) dans lequel seul un agent d’affaires de la firme(contractuel) a ete implique, d’ou le caractere tres serieux de la menace auquelle fait face les salarie-es.
-Le refus d’abroger la “Loi sur les indiens” malgre les demandes de l’ONU
- Il faut souligner que 8 provinces avaient indique qu’elles ne croyaient pas a la necessite de cette loi, qu’il n’y avait pas d’urgence.
-L’industrie du camionnage est une industrie qui ressemble beaucoup a celles des firmes industrielles. Les grandes firmes de production ont leurs usines principales auxquelles s’ajoutent de nombreux sous-traitants. Dans le domaine du transport c’est un peu la meme chose. Il y a les grandes firmes de transport dont les chauffeurs sont salariees auxquelles s’ajoutent des camionneurs artisans pour des contrats de transport ponctuels. En ce qui concerne la vaccination, les firmes de transport ayant une charte constituante emise en vertue des lois federales, y sont soumis. Les employes refusant la vaccination sont remplaces ou renvoyes. Et, ca, les camionneurs artisans devaient le savoir. Quand on investi 200,000$ a 500,000$ dans un camion, et refuser la vaccination c’est pas tres, tres serieux, tres responsable. Et compte tenu du fait que les medias n’ont jamais voulu aborder les questions economiques, j’ai des doutes quand aux motifs reels des manifestations des camionneurs, d’autant plus que la loi/reglement sur la vaccination obligatoire aurait pu etre contestee avantageusement devant les tribunaux.
-Le retard incroyable de l’Ontario a prendre des mesures pour limiter l’action des camionneurs. Ce n’est qu’apres les plaintes du Gouverneure du Michigan a propos du pont Ambassador que l’action policiere fut mise en oeuvre. D’ou l’idee, que les dirigeants canadiens et ontariens ont laisse durer deliberement la crise des camionneurs jusqu’au point de rupture des accords commerciaux de libre-echange et par la suite, appliquer les mesures drastiques contre les camionneurs pour quelques heures. Le silence des medias sur les conditions materielles du conflit me laisse perplexe, tout autant que le silence des medias sur les activites des troupes d’Azov en Ukraine depuis… 2014-2015.(En date d’aujourd’hui, le Conseil de Securite n’approuve pas une intervention etrangere en Ukraine).
Tout ca, dans un environnement global qui, a la presente epoque ou l’Imperialisme(*) voit la Reorganisation du Capital dans le monde en direction des pays d’Asie(Ici, il faudrait plutot dire que le capital se deploit dans les firmes d’Asie a haut potentiel de croissance au detriment des vieilles structures desuettes de l’Occident.
N.B. La Cour de l’Ontario a rendu un jugement obligeant les camionneurs a libere le pont Ambassador, pont qui relie l’Ontario et les USA.(Les lois normales suffisaient!!! d’ou l’idee que voter cette loi n’etait pas tout a fait innocente).
(*)Imperialisme est un stade de developpement du capitalisme qui est caracterise par la mondialisation des marches ou la concurrence entre les firmes supplante la concurrence entre les nations (18e, 19e siecle).







