L’Ukraine et ses faux amis

Référendum dans les régions occupées, menace de nucléarisation, mobilisation partielle : la Russie a choisi l’escalade face aux contre-offensives ukrainiennes menées avec des armes occidentales. Cobelligérants de fait, certains États de l’Union européenne concrétisent un vieux projet : ancrer l’Ukraine à l’Ouest et en faire un laboratoire pour les délocalisations de voisinage.

par Pierre Rimbert

Diana Machulina. – « Adieu aux armes », 2009
© Diana Machulina – Galerie Stanislas Bourgain, Paris

A l’image du mal de dos et de la météo, la « fin de la mondialisation » compte au nombre de ces « marronniers » qui refleurissent régulièrement dans la presse. Essayistes et journalistes ont cloué le cercueil de la libéralisation planétaire après les attentats du 11 septembre 2001, puis lors de la crise financière de 2008, puis encore lors de la crise de l’euro au mitan des années 2010. Avec le chaos mondial des chaînes d’approvisionnement dû aux politiques anti-Covid, à la montée des tensions sino-américaines, à la guerre en Ukraine et à la crise de l’énergie, l’heure d’un nouveau rapport d’autopsie a sonné. En 2022, le légiste en chef se nomme M. Larry Fink, président-directeur général du fonds d’investissement BlackRock. « L’invasion russe a mis fin à la mondialisation que nous avons connue depuis trois décennies », écrit-il le 24 mars dernier dans sa lettre annuelle aux actionnaires. Il n’en fallait pas davantage pour provoquer une cascade internationale d’articles sur la « démondialisation », les relocalisations, le « démultilatéralisme », le retour du protectionnisme, etc., laquelle doucherait à froid les congressistes du Forum économique mondial réunis fin mai à Davos.

Comment cette fois ressusciter le sphinx et l’acclimater à un contexte géopolitique inflammable ? La mondialisation des années 2000 se voulait inclusive : ses architectes admettaient au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) la Chine (2001) et même la Russie (2012), convaincus que l’interdépendance économique civiliserait ces partenaires idéologiquement mal dégrossis. « Deux pays qui hébergent chacun un McDonald’s ne se sont jamais fait la guerre », soutenait en 1996 l’essayiste Thomas Friedman (1). Bien tenté, mais c’est raté. On se montrera donc plus sélectif. Les délocalisations, oui, mais entre amis. Une idée aussi brillante ne pouvait s’énoncer qu’en anglais : le friendshoring, par opposition à l’offshoring, qui désigne les délocalisations classiques.

Identifié par un rapport de la Maison Blanche de juin 2021 comme un remède aux convulsions du commerce international (2), le friendshoring dispose d’influentes évangélistes. « Approfondissons l’intégration économique », a plaidé, le 13 avril 2022, la ministre des finances américaine Janet Yellen, « mais faisons-le avec les pays sur lesquels nous savons pouvoir compter ». La Russie, a-t-elle expliqué lors d’un déplacement en Corée du Sud le 19 juillet dernier, « a instrumentalisé l’intégration économique avec efficacité » ; il faut dès lors l’isoler. En outre, « nous ne pouvons pas permettre à des pays comme la Chine d’utiliser leur position sur le marché des matières premières, des technologies ou de produits-clés pour perturber notre économie ou exercer une influence géopolitique indésirable ». Il convient donc de « moderniser notre approche de l’intégration commerciale en tenant compte de ces nuisances (…) au lieu de se concentrer exclusivement sur les coûts ». La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Mme Christine Lagarde, s’y montre elle aussi très favorable. L’interdépendance, admettait-elle lors d’une conférence à Washington, « peut rapidement devenir une vulnérabilité lorsque la géopolitique change et que des pays ayant des objectifs stratégiques différents des nôtres deviennent des partenaires commerciaux plus risqués (3) ». Conjurer ce spectre implique, selon Mme Lagarde, de privilégier une approche plus régionalisée. Mais, vue sous cet angle, la percée conceptuelle du friendshoring apparaît plus limitée : en Europe, aux Amériques ou en Asie, les zones de libre-échange régionales pullulent depuis des décennies (4). La Communauté économique européenne n’a-t-elle pas pour fondement une union douanière en expansion perpétuelle ?

Depuis une quinzaine d’années, Bruxelles vante les mérites de la délocalisation de voisinage à un grand pays situé à ses frontières, pourvu d’une main-d’œuvre qualifiée et peu onéreuse, mais gangrené par la corruption et lesté d’une architecture juridique arriérée au regard des normes européennes : l’Ukraine. Le friendshoring prend ici la forme d’un accord d’association politique et d’intégration économique (5) conclu par Bruxelles et Kiev en 2014, au terme de négociations entamées à la fin des années 2000. L’épisode a joué un rôle crucial dans la généalogie du conflit entre la Russie et l’Ukraine. Fin 2013, les deux parties s’apprêtent à signer le texte, lorsque le président ukrainien Viktor Ianoukovitch y renonce inopinément sous la pression de Moscou. Ce refus déclenche les émeutes de la place Maïdan puis, quelques semaines plus tard, la chute du gouvernement et son remplacement en février 2014 par une équipe proeuropéenne qui, finalement, signera l’accord. S’ensuivent l’annexion de la Crimée par la Russie (février-mars) et la proclamation des « Républiques populaires » de Donetsk et de Lougansk (avril-mai).

À première vue, un accord d’association n’a rien d’inédit. Au cours des deux dernières décennies, l’Union européenne en a conclu avec de nombreux États dont ceux de l’ex-Yougoslavie, candidats à l’intégration européenne — contrairement à l’Ukraine à la fin des années 2000. Mais le document paraphé en juin 2014 par le président ukrainien d’alors, M. Petro Porochenko, est d’un type nouveau. Il s’inscrit dans le cadre du partenariat oriental, une politique d’influence européenne impulsée par la Pologne pour intensifier la coopération avec des pays de l’ex-bloc soviétique et les ancrer plus fermement au môle occidental : Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Géorgie, Moldavie et Ukraine. Seuls les trois derniers engageront les pourparlers avec détermination et concluront en 2014 un accord d’association. Parmi eux, l’Ukraine représente assurément le gros morceau. Sa politique extérieure et son économie reposent sur un équilibre instable entre Russie et Europe (6).
Un traité d’annexion volontaire

Dès le lancement de ce partenariat oriental en 2009, dans un contexte de tensions gazières avec Moscou et un an après le conflit russo-géorgien, la Pologne escomptait qu’il déboucherait sur une adhésion de Kiev à l’Union : la volonté d’arracher ce pays à l’influence russe guide depuis des décennies la politique de Varsovie (7). Au point qu’avant même sa propre intégration à l’Union européenne en 2004 la Pologne plaidait déjà en faveur de celle de l’Ukraine. A contrario, Paris et Berlin se montraient plus prudents.

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COMMENTAIRE:

Ce qui se joue, ici, ce n’est pas tant la Russie, mais la productivite des pays occidentaux, comme une bouee de sauvetage pour une productivite en chute libre dans les pays developpes. L’ennemi principal pour l’Occident, ce ne sont pas les Russes, mais les salarie-es d’Europe, du Canada, des Etats-Unis… Tout le monde connait la productivite mediocre de l’economie canadienne, du moins si on la compare a celle des pays de l’UE et a celle des USA… L’Ukraine et sa main-d’oeuvre esclace c’est comme une bouffee d’air frais pour les pays Industrialises comme la Grande-Bretagne, l’UE, le Canada. Je ne m’etais pas trop trompe sur l’Ukraine, Pas etonnant qu’ils n’ont pas approuve les referendums dans le Donbass… l’Ukraine perdrait une partie de sa main-d’oeuvre exploitee au benefice de… Se doter d’une main-d’oeuvre corveable a souhait en Ukraine et reduire au silence les organisations syndicales dans les pays de l’UE et du Canada(traite de libre-echange Canada-Europe)… Cela en fait une “belle jambe” pour des progressistes plus conservateurs que les conservateurs eux-memes. Est-ce que les parlementaires canadiens ont ete informes de la situation juridique de l’Ukraine avant d’obtenir leur appui? Les plombiers polonais ont cede la place aux mineurs ukrainiens?

Au fait qui va s’assurer de la tranquilite des firmes productrices, qui va s’assurer que la main-d’oeuvre devra obeir… la Cour Europeenne des droits de l’homme s’appliquera-t-elle? Quand on sait ce qu’a fait l’OSCE et les cas de crimes contre les russophones? Il y a fort a parier que dans d’eventuels conflits, les scabs seront bien proteges par les troupes Azov ou leur allies para-militaires?

Une position intenable pour la population ukrainienne et pour la population russophone. Entre l’UE et la Russie: Il y a une region qui s’appelle l’ENFER! LE CAPITALISME BARBARE!

Une solution? Dana ces moments de combats, c’est difficile a imaginer. Une Ukraine non-alignee, independante, avec un etat de droit moderne et une ouverture du marche tant vers l’Est que l’Ouest. Est-ce Possible? Mais dans l’etat du rapport de force militaire Ukraine-Russie, la solution qui se dessine, c’est une Ukraine sous supervision Russe, ou une partition de l’Ukraine: Donbass –> Russie, le Reste Ukraine Independante mais faisant l’envie de la Pologne. La partition de l’Ukraine comme jadis la Partition de l’Allemagne! Mais chose certaine qu’une issue inspiree du mouvement ouvrier s’offre aux ukrainiens, tant la coordination du mouvement ouvrier europeen est reduite quasi a neant, arrivant a peine a livrer les batailles dans leur pays respectif.

… suite aux recents bombardements de Kyev… on a entendu… ces pauvres enfants innocents qui meurent… (mais qui ne pourront plus etre exploites)…

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